Le commerce sino-africain évolue

Les magnifiques roses rouges ougandaises décorant le hall d’entrée de la première Exposition économique et commerciale sino-africaine (EECSA) ont ébloui les délégués et ont ajouté une touche de couleur au monde des affaires, souvent terne et monotone.

L’Ouganda est devenu l’un des principaux producteurs de fleurs d’Afrique et ses roses peuvent être retrouvées dans n’importe quel vase à travers le monde. Cependant, pour la Chine, les roses ougandaises ne peuvent pas être exportées directement, car elles doivent d’abord transiter par l’Europe.

« Les [volumes] d’exportation de fleurs de l’Ouganda vers l’Europe sont en baisse, alors que le marché chinois est prometteur pour les agriculteurs ougandais », a affirmé Amit Kumar Singh à CHINAFRIQUE. M. Singh est le directeur général de Mairye Estate, un producteur de fleurs, d’herbes, de légumes et de fruits en Ouganda. Il a assisté à l’EECSA spécifiquement pour établir des relations directes avec des clients chinois, afin d’éviter les frais occasionnés par un intermédiaire.

Cependant, les roses ougandaises ne sont pas les premières fleurs à pénétrer le marché chinois. En effet, les fleurs africaines ont été introduites en Chine par le Kenya, lors de l’Exposition internationale des importations de Chine (CIIE) qui s’est tenue l’année dernière à Shanghai.

« Contrairement à la CIIE, l’EECSA ne cible que les pays africains. C’est une occasion pour eux de présenter leurs produits et d’explorer le marché chinois », a indiqué à CHINAFRIQUE He Qinwen, directeur adjoint du Centre d’assistance chinois du Kenya à Nairobi et homme d’affaires qui négocie des fleurs au Kenya.

Commerce en plein essor

La première EECSA, qui s’est déroulée du 27 au 29 juin à Changsha, dans la province du Hunan, au centre de la Chine, est un autre événement majeur mettant en lumière la grande présence africaine en Chine. L’exposition a rassemblé plus de 10 000 représentants d’entreprises africaines et chinoises. Elle est considérée comme l’un des plus grands aboutissements du Forum sur la Coopération sino-africaine (FSCA) tenu en septembre dernier à Beijing.

Le Président chinois Xi Jinping a envoyé une lettre de félicitations à la première EECSA, qui a été lue lors de la cérémonie d’ouverture, affirmant que la Chine et l’Afrique étaient de bons amis, de bons partenaires et de bons frères partageant le même destin et la même vision.

Il est à espérer que les deux parties renforceront leur coordination afin de mieux mettre en œuvre les huit initiatives majeures avancées lors du sommet du FSCA, d’explorer activement de nouvelles voies de coopération, d’ouvrir de nouveaux points de croissance pour la collaboration et de promouvoir la coopération économique et commerciale sino-africaine, ceci à un nouveau niveau, a fait valoir le Président chinois.

L’EECSA, qui avait pour thème « Coopération gagnant-gagnant pour un partenariat économique plus étroit entre la Chine et l’Afrique », a attiré plus de 6 600 invités et plus de 3 500 exposants, acheteurs et visiteurs professionnels nationaux et internationaux. Les exposants venaient de 53 pays africains et de 31 provinces, municipalités et régions autonomes de Chine. Le Président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, présent lors de la cérémonie d’ouverture, a fait part de son sentiment : « Le développement industriel et le libre-échange entre nous favoriseront une croissance plus rapide pour notre bénéfice mutuel. L’EECSA devrait, entre autres, nous permettre de trouver des moyens de transformer cette lueur d’espoir en réalité. »

Quatre-vingt-quatre accords, d’une valeur totale de 20,8 milliards de dollars, ont été signés entre la Chine et les pays africains au cours de l’exposition, couvrant un large éventail de domaines, dont le commerce, les investissements, les infrastructures, l’agriculture, les industries manufacturières, l’aviation, le tourisme et les villes jumelles.

Coopération agricole

La coopération agricole entre l’Afrique et la Chine devrait connaître une croissance rapide, à en juger par les manifestations d’intérêt et les accords signés entre les deux parties à l’EECSA.

Des accords portant sur huit projets agricoles, d’une valeur de 2,75 milliards de dollars, ont été signés, ainsi que des propositions de renforcement de la coopération Sud-Sud et triangulaire évoquées par sept organisations, dont le Centre international de Chine pour les échanges économiques et techniques, le Centre national chinois de recherche-développement sur le riz hybride et l’Union africaine.

L’Afrique coopère depuis longtemps dans le domaine de l’agriculture avec la province du Hunan. Elle bénéficie ainsi des travaux de recherche des agronomes de cette province, en particulier de Yuan Longping, un éminent scientifique agricole, surnommé le « père de riz hybride » en Chine.

À Madagascar, le riz est le principal produit cultivé, en terrasse, dans les hautes terres centrales. Cependant, malgré près de 2000 ans d’exploitation, Madagascar a souffert d’une pénurie de céréales. Cela à cause d’une sélection de riz obsolète et à une gestion des cultures entravant la production de riz. Le pays devait importer entre 200 000 et 400 000 tonnes de riz par an.

Lors du sommet du FCSA à Beijing, en 2006, le gouvernement chinois s’est engagé à développer dix centres pilotes de technologies agricoles en Afrique.

En 2007, l’Académie des sciences agricoles du Hunan a été chargée de la construction d’un centre à Madagascar et de partager avec le pays sa technologie mise au point par M. Yuan. En 2010, des experts de Changsha ont commencé à aider l’île à localiser le riz hybride. Depuis lors, le pays a élevé 20 000 hectares de rizières hybrides, chaque hectare produisant environ sept tonnes en moyenne. Les 25 millions d’habitants du pays sont maintenant autosuffisants.

« À l’avenir, la Chine et l’Afrique verront des opportunités convaincantes de partenariat dans le secteur agricole, avec des mécanismes de politique et de collaboration, du commerce et des investissements, de la coopération technique et du soutien intellectuel (formation et éducation) étant les domaines prioritaires », a expliqué Ma Youxiang, directeur de la production animale au ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales de Chine, lors de l’EECSA.

Expo en ligne

Pour faciliter les échanges bilatéraux, Changsha a mis en place un système en ligne afin de simplifier les activités Chine-Afrique et de rendre les connexions disponibles en un seul clic.

La plateforme en ligne EECSA (Kili.co) devrait servir à près de 500 millions de clients chinois et africains, ainsi qu’à un million d’entreprises au cours des cinq prochaines années, selon Liu Zeqi, directeur de l’attraction des investissements et opérateur de Kilimall International, une plateforme de commerce électronique africaine basée à Changsha et opérant au Kenya, en Ouganda et au Nigeria.

« En quelques clics, les consommateurs africains peuvent acheter en ligne plus de dix millions de produits différents », a précisé Yang Tao, PDG de Kilimall International. Les clients chinois peuvent quant à eux y acheter du café, des noix et des vins africains.

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