LES POINTS MARQUANTS

  • Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, les pays d’Afrique subsaharienne ont beaucoup à gagner de l’adoption technologique.
  • Mais pour que les travailleurs les moins qualifiés et les moins diplômés en tirent profit, il est indispensable d’accompagner cette transition de politiques et d’investissements porteurs.
  • Ce rapport, qui s’inscrit dans la continuité du « Rapport sur le développement dans le monde 2019 : Le travail en mutation », propose une analyse en profondeur de la situation singulière de l’Afrique subsaharienne.

WASHINGTON, 25 juillet 2019 – De manière générale, les pays en développement doivent faire face à des avancées technologiques qui, conjuguées à d’autres phénomènes disruptifs comme les dérèglements du climat, la fragilité, l’intégration économique et les transitions démographiques, vont transformer radicalement le monde du travail. Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, les technologies numériques recèlent cependant un potentiel particulier pour l’Afrique subsaharienne.

La nouvelle publication régionale, intitulée The Future of Work in Africa: Harnessing the Potential of Digital Technologies for All, s’inscrit dans la continuité du Rapport sur le développement dans le monde 2019 : Le travail en mutation. Elle montre la voie singulière qui pourrait s’ouvrir devant les pays d’Afrique subsaharienne si leurs gouvernements et leurs entreprises parvenaient à exploiter au mieux les technologies digitales, et met en évidence une condition préalable indispensable : la mise en place de politiques publiques et d’investissements porteurs.

« C’est précisément en raison de la spécificité des difficultés auxquelles sont confrontés la plupart des pays africains par rapport aux autres régions du monde, notamment une moins grande utilisation productive des technologies et un sous-emploi plus important, que la progression de l’adoption numérique pourrait avoir une incidence positive sur ces économies », explique Mark Dutz, économiste principal à la Banque mondiale et l’un des auteurs du rapport. « Le déploiement généralisé des technologies numériques peut aider les entreprises à grandir et peut, surtout, créer plus d’emplois au profit de tous, et pas seulement de quelques privilégiés. Mais ce potentiel ne se matérialisera pas si les pouvoirs publics n’ont pas auparavant mis en place un environnement favorable pour les entreprises. »

Selon une étude récente, l’amélioration de la vitesse des connexions internet dans les pays d’Afrique s’est traduite par une hausse des taux d’emploi non seulement chez les diplômés de l’université, mais aussi parmi ceux qui ne possèdent qu’un niveau d’instruction secondaire voire primaire.

Quelles sont concrètement les politiques à mettre en place pour tirer parti de ce potentiel d’innovation et de croissance ? Selon le rapport, il est essentiel que les États garantissent un niveau de concurrence suffisant, qu’ils améliorent les compétences entrepreneuriales et le capital humain des travailleurs, ainsi que les infrastructures physiques, tout en renforçant leurs capacités pour accroître les investissements publics dans la protection sociale.

« La situation de la région, qui se caractérise par l’ampleur de son secteur informel et la persistance de faibles niveaux de capital humain, n’est pas nécessairement un handicap », souligne Jieun Choi, économiste senior à la Banque mondiale et également auteur du rapport. « Compte tenu de la taille relativement réduite de son industrie manufacturière, l’Afrique subira moins, dans les années qui viennent, les effets de l’automatisation sur l’emploi. Parallèlement, l’adoption des technologies numériques aidera les entreprises à réduire leurs coûts et leurs prix, ce qui permettra d’augmenter la production et les emplois dans l’ensemble des secteurs, tandis que, à la faveur de l’accès à internet et des applications mobiles, les travailleurs peu qualifiés pourront par exemple se familiariser avec de meilleures pratiques agricoles ou commercialiser plus facilement leurs produits. »

Les opportunités sont là. Encore faut-il pouvoir les saisir. Le rapport formule donc un certain nombre de recommandations essentielles à l’intention des pouvoirs publics :

  • Veiller à ce que les infrastructures numériques soient disponibles et d’un coût abordable pour tous — pour les habitants des zones rurales comme pour les citadins et pour toutes les catégories de population — en mettant en place des réglementations qui stimulent la concurrence, soutiennent l’accès universel et promeuvent l’intégration transfrontalière en vue d’agrandir les marchés
  • Fournir des infrastructures physiques complémentaires (comme une alimentation électrique fiable)
  • Soutenir les inventeurs et les entrepreneurs dont les pays ont besoin pour mettre au point les outils qui permettront de mettre à niveau les compétences des travailleurs peu qualifiés aux postes qu’ils occupent et d’accomplir les nouvelles tâches que rendra possible la diffusion de nouvelles technologies
  • Développer des interventions visant à faciliter la hausse de la productivité des exploitations agricoles et des entreprises informelles et à revaloriser les compétences de ceux qui y travaillent
  • Étendre la couverture des régimes du travail et des systèmes de protection sociale, en particulier pour les travailleurs, pour encourager la prise de risques chez les entrepreneurs et ceux qu’ils emploient, et faciliter la transition des travailleurs d’un emploi à un autre

« Nous savons qu’il ne sera pas facile de créer les fondations nécessaires au saut numérique de l’Afrique et plus généralement à sa transformation économique, mais c’est possible », conclut Zainab Usman, spécialiste du développement social à la Banque mondiale et auteur du rapport. « Si les pouvoirs publics et les entreprises investissent dans les changements qui s’imposent, la prochaine génération de travailleurs, d’inventeurs et d’entrepreneurs africains aura les moyens d’innover et de prospérer. »

Source Banque Mondiale

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