Ce soir où Rohani a refusé de prendre Trump au téléphone

Durant l’Assemblée générale de l’ONU, la semaine passée, la délégation française a fait installer une ligne téléphonique sécurisée à l’hôtel new-yorkais où séjournait la délégation iranienne, afin que les deux chefs d’État puissent se parler

Le président iranien Hassan Rohani lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le 25 septembre dernier. ANGELA WEISS/AFP

On savait qu’Emmanuel Macron avait déployé des trésors de diplomatie pour amener les présidents américain et iranien à se parler lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies à New York. En vain. Le récit détaillé de cette soirée, livré par le New Yorker et le New York Times, et que vient de confirmer à l’AFP une source diplomatique française, est digne d’un roman.

On y apprend que Donald Trump a bien appelé mardi 24 septembre son homologue Hassan Rohani, mais que le président iranien a refusé de prendre l’appel, alors qu’Emmanuel Macron patientait dans l’hôtel Millennium, où séjournait la délégation iranienne. «À New York, jusqu’au dernier moment, Emmanuel Macron a tenté d’établir un contact, car ses entrevues avec les présidents Trump et Rohani laissaient penser que ce contact était possible», a expliqué son entourage.

Pendant ses 48 heures à New York, le président français, qui œuvre depuis des mois à une rencontre entre les deux dirigeants, a vu trois fois Donald Trump et deux fois Hassan Rohani, plaidant pour un dialogue direct. Le soir où il devait reprendre son avion pour Paris, il a estimé qu’un coup de fil entre les deux hommes était possible, selon la même source. La délégation française a donc envoyé des techniciens installer ce soir-là une ligne sécurisée entre l’hôtel Lotte, où se trouvait le président américain, et l’hôtel Millennium, avec l’accord des deux parties.

«Téhéran a dit non»

Donald Trump a prévu d’appeler à 21 heures, tandis que le doute plane encore sur la réaction des Iraniens. Le président français donne vers 19 heures d’un point de presse sur le bilan de son séjour à l’Assemblée générale des Nations unies, sans mentionner cette initiative. Puis il va dîner dans une pizzeria, et se rend quelques minutes avant 21 heures dans le salon de l’hôtel Millennium où est installée la ligne sécurisée, pour s’assurer que l’appel aura bien lieu, selon la source diplomatique.

Donald Trump appelle à l’heure dite, mais Hassan Rohani fait dire au président français qu’il ne prendra pas l’appel. «La discussion a continué à bloquer sur ce point dur: les Iraniens veulent d’abord une levée des sanctions américaines, Donald Trump veut d’abord que Téhéran prenne des engagements sur le nucléaire et ses activités balistiques et régionales», selon cette source. «Téhéran a dit non. C’est tout à fait dommage car les exigences sur le fond étaient admises par le président Rohani et le président Trump».

«Ce qui ressort est qu’Hassan Rohani n’avait pas les mains libres à New York», explique cette source, pour qui certains «durs» du régime iranien ont intérêt à maintenir la fermeture du pays, étranglé par les sanctions américaines. «Ce qui est important est que les Iraniens n’ont pas dit ‘‘non’’ mais ils ont dit qu’ils avaient besoin de temps», fait valoir Paris, pour qui ce contact direct reste la seule voie pour éviter un conflit grave dans le Golfe.«Dire que le président a attendu dans un couloir, comme l’a dit la presse américaine, c’est faux. Le principe d’un contact téléphonique était accepté, Emmanuel Macron devait participer à cet entretien pour faciliter le contact», assure la source diplomatique française.

«Le président est allé dans un salon de réception de l’hôtel Millennium, où les Iraniens l’attendaient – on ne s’invite pas chez un chef d’État sans son consentement. Il n’a pas attendu longtemps. Il n’a pas vu le président Rohani, qui n’a pas pris l’appel. Il a alors utilisé la ligne sécurisée pour appeler Donald Trump pour l’informer. Ce dernier l’a remercié de ses efforts et l’a encouragé à les poursuivre». «Le contact direct entre Iran et États-Unis permettrait de déclencher les négociations, qui pourront ensuite s’effectuer avec par exemple les cinq membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne», conclut la même source.

Téhéran et Washington sont à couteaux tirés depuis que les États-Unis se sont retirés unilatéralement en mai 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, rétablissant des sanctions économiques contre l’Iran. Les deux pays ont frôlé un conflit armé direct en juin sur fond d’escalade militaire dans le Golfe. L’attaque de l’Arabie saoudite par des missiles le 14 septembre, dont Washington et les Européens rendent l’Iran responsable, a encore accru la tension.

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