Presse en ligne, un média, moult questions…

Mamadou Ndiaye : Presse en ligne, un média, moult questions

Les dérives sur les réseaux sociaux, un phénomène qui dépasse les autorités, que ce soit au Sénégal et partout dans le monde. Le monde des médias, particulièrement la presse en ligne est en constante évolution.

La presse en ligne, justement parlons-en. Politiques et acteurs de la presse ont longuement buté sur des points, avant vote du projet de loi, portant sur le nouveau code de la presse. Surtout concernant la dépénalisation du délit de presse.

La presse en ligne a causé beaucoup de problèmes aux acteurs parce qu’étant un canal libre dont les frontières sont inimaginables, quasi incontrôlables. Occasion saisie par Senego pour interroger Mamadou Ndiaye, chef du service multimédia au Cesti, enseignant en Web-journalisme et Directeur des études du Cesti.

Que dit le Code de la presse…

« Le chapitre 3 du Code de la presse parle de la presse en ligne, de l’entreprise de presse en ligne« , souligne notre interlocuteur. Ainsi, c’est à la suite de plusieurs travaux auxquels il a participé, avec l’Association des Editeurs et Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL), entre autres, que différents éléments ont été mis en place.

En fait, à l’époque, le constat que tout le monde avait fait, c’est que la presse en ligne posait beaucoup de problèmes. Des problèmes liés à la manière de faire le travail, mais également par rapport à la modération même des commentaires sur les sites et les réseaux sociaux de ces groupes de presse là. Et c’est à la suite d’un atelier qu’ils ont tenu avec l’Appel, en ce qui concerne la presse en ligne, qu’il avait été dit que l’objectif de leurs travaux était d’aller vers la labellisation de ces sites d’information en ligne. « Et nous avion édicté plusieurs règles qui devaient permettre aux sites d’être meilleurs et de s’atteler à ce pour quoi ils ont été crées« , a fait savoir Mamadou Ndiaye.

D’ailleurs, le code de la presse, en son article 3, parle de l’obligation de modération pour ceux qui ont une entreprise de presse en ligne. « Mais également, il y a l’obligation de déclaration. Parce que la presse c’est sous le régime de la déclaration. Vous pouvez créer votre site web, mais vous devez être connu des organisations et remplir correctement la charte-graphique qui permettrait de venir à vous. Mais, il n’y a pas de différence fondamentale en journalisme, entre le presse en ligne et les autres types de presse. C’est juste la spécialité…« , précise le chef du service multimédia au Cesti.

Il poursuit : « Il est dit qu’il faut avoir une licence et deux années d’expérience pour avoir la carte de presse, il faut également être diplômé pour être reconnu comme tel. Pour le Directeur de publication, c’est 10 ans d’expérience. Et sur cette base, le rédacteur en chef doit avoir aussi un certain nombre d’années d’expériences. Toutes ces dispositions du journalisme sont valables pour la presse en ligne… »

La presse en ligne et les politiques…

« Mais, dans ce travail là aussi, ce qui a été dit et qui me semble déplorable, quand on parle de la presse en ligne, c’est que les délits relatifs à la presse en ligne ont été véritablement renforcés. Renforcés par le Code pénal, en 2003 je crois, mais aussi on a prévu des peines très sévères… La presse en ligne a posé beaucoup de problème, notamment aux députés, aux politiques. Parce que tout le monde sait que c’était le lieu de beaucoup d’attaques. Peut-être que les législateurs voulaient, en un moment donné, mieux avoir la main sur la presse en ligne. Mais il y a un facteur qu’ils n’avaient pas pris en compte, c’est le facteur ouvert de cette technologie. Parfois on peut avoir un site qui a pignon sur rue à Dakar et qui est administré, qui est dans le droit d’un autre pays…« , précise M. Ndiaye.

Aussi, même au moment où ils étaient en train de discuter sur les différents articles concernant le Code de la presse, la pratique avait changé depuis longtemps. « Ce que nous avions prévu c’était en déphasage avec l’actualité. Nous étions déjà en retard lorsque nous validions cette partie là concernant la presse en ligne. Elle posait beaucoup de problèmes parce que les hommes politiques se faisaient insulter et parfois aussi, ils n’avaient pas les moyens de condamner ou de recourir à des actions judiciaires. Raison pour laquelle nous avions beaucoup buté sur ça. Et les sanctions prévues à cet époque étaient trop sévères. On parlait de dépénalisation de délit de presse, mais, en ce qui concerne la presse en ligne, je pense que la commission a eu la main lourde« , regrette le Directeur des études au Cesti.

Commentaires désobligeants, à qui la faute ?

Les administrateurs sont-ils responsables des commentaires des internautes ? Question légitime, au moment où beaucoup de sites ont reçu des plaintes d’autorités qui se sentaient insultées dans certains commentaires. Pour M. Mamadou Ndiaye, selon le nouveau code de la presse, les responsables de la presse en ligne ont l’obligation de modérer.

« Ça veut dire que, quand un internaute fait un commentaire et qu’il appuie sur publier, cette publication ne devrait pas être automatique. Il est de la responsabilité des responsables du site de voir si ces propos là ne sont pas injurieux, diffamatoire et si, par rapport à la liberté d’expression, à ces facteurs là, s’il peut publier. Maintenant, s’il y a plainte, c’est sa responsabilité (Ndlr: aux responsables du site). C’est un élément, d’ailleurs qui nous avait pris beaucoup de temps… Même si quelqu’un fait une contribution et maintient des propos diffamatoires, le responsable du site ne peut sortir indemne de ça. Il faut être beaucoup plus exigeant…« , rappelle Mamadou Ndiaye.

Internet, un média de liberté…

L’enseignant en Web-journalisme se rappelle ainsi que les responsables des sites avaient exposé le fait que pour faire ces modérations là, qu’il leur fallait du personnel parce qu’ils n’auront jamais le temps de lire tous les commentaires.

« Deuxièmement, si cette modération est faite correctement, ça va leur faire perdre du trafic, donc du revenu. Ils avaient clairement demandé à l’Etat de prendre des mesures, pour qu’en participant à ce nouveau dispositif là, qu’ils pouvaient faire l’effort de modérer. Donc, si on ne fait pas des tris, ça peut amener à des insultes, ça peut amener à une situation ingérable. Il faut le dire, internet c’est très compliqué pour tous les acteurs. Il est très difficile de bloquer parce que c’est un média de la liberté. Et comme média de la liberté, je pense que nous devons éduquer, aller dans le sens de la sensibilisation, dans le sens de la mise en oeuvre d’une éducation au niveau des médias sociaux et internet« , conclut notre interlocuteur.

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