Dettes africaines : Tidiane Thiam répond à Romuald Wadagni

Désigné pour coordonner l’aide promise par la communauté internationale à l’Afrique face à cette crise mondiale du Covid-19, en compagnie de Donald Kaberuka, Ngozi Okonjo-Iweala et Trevor Manuel, Tidjane Thiam trouve bon de permettre aux pays africains de bénéficier d’un moratoire pour le remboursement de la dette.

Cette  démarche pour laquelle la task force (les quatre envoyés spéciaux de l’Union africaine contre le coronavirus) a été mise sur pied  par l’Union Africaine intervient alors que le ministre béninois de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni estime que les termes «moratoire» et, à fortiori, «annulation», vont ternir l’image des États débiteurs et leurs accès futurs aux financements. Préférant  l’octroi de nouvelles liquidités du Fonds monétaire international par le biais des DTS ou d’autres mécanismes innovants, l’argentier béninois oppose un raisonnement financier pur à lequel Tidiane Thiam n’est pas insensible: «Oui, l’endettement est un meilleur choix que l’indulgence», concède d’abord l’ex-CEO de Crédit Suisse.

Toutefois, poursuit le coordonnateur de la task force , «le moratoire est une mesure d’urgence, indispensable». Et de muscler son raisonnement par le chiffre: «on pense (NDLR: la task force) avoir libéré environ vingt milliards de dollars. Cela permet immédiatement aux États de dépenser et d’aider leurs populations. Je vois difficilement comment on peut être contre. Il n’est pas obligatoire. Les pays qui pensent être à l’abri, et qui sont suffisamment puissants et forts pour ne pas avoir besoin du moratoire, sont libres. Nous n’obligeons personne », renchérit-il.

Répondant aux questions de TV5 monde, par visioconférence, ce mardi 28 avril,  le banquier Franco-Ivoirien  prétend être du côté de ceux «qui sont prudents, qui font l’hypothèse que cette crise va peut-être durer très longtemps  et qui doivent s’atteler à  avoir un dialogue ordonné avec la communauté internationale, avec une solution qui est acceptée par tous et que les pays peuvent rejoindre ou pas ».  Pour lui, ceux qui ne la rejoindront pas prendront le risque  d’aller négocier seul  à Washington.

L’ex directeur général de Crédit Suisse indique qu’Il faut que la dette soit supportable sur le long terme. Ce qui explique l’adoption du moratoire. Mais, «c’est important qu’on ne soit pas perçu comme l’emprunteur qui revient régulièrement demander l’annulation de ses dettes. À terme, ce n’est pas un bon positionnement pour l’Afrique », a-t-il tenu à faire cette précision, rejoignant sans le dire le ministre béninois.

Tidiane Thiam estime que le continent a fait de grands progrès sur les dix dernières années. Car, le Produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique a augmenté de 60%. « Dans les années quatre-vingt, la statistique la plus Internationalement connue était que l’Afrique avait un PIB inférieur à celui de la Belgique. C’était ce qu’on nous répondait à chaque fois. Sans manquer de respect aux Belges, l’Afrique a aujourd’hui un PIB très largement supérieur à celui de la Belgique, de la France et de l’Allemagne », clame Tidjane Thiam.

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