Relance de l’économie nationale : un Pse post-Covid-19 en gestation

La Covid-19 persiste et signe dans le monde malgré les mesures draconiennes décrétées depuis quelques mois par certains Etats. Aujourd’hui, dans beaucoup de pays, l’heure est à l’assouplissement et à la réflexion sur les stratégies à mettre en place pour relancer l’activité économique. Au Sénégal, le gouvernement s’est inscrit dans une dynamique de reprise économique comme l’illustre la mise en place du Programme de résilience économique et sociale (Pres) et l’allègement d’un certain nombre de mesures restrictives. Mais pour les économistes, la relance de l’activité économique passe nécessairement par une utilisation des forces endogènes comme le renforcement du secteur informel, la promotion de l’économie numérique et la mobilisation des ressources financières domestiques.

La situation de la pandémie de Covid-19 a pris de nouvelles tournures ces derniers jours dans le monde avec des politiques de déconfinement et d’assouplissement de certaines mesures restrictives. Ces allégements ouvrent ainsi une porte vers une autre étape pour les Etats consistant à réfléchir sur les schémas à adopter pour assurer une reprise de l’activité économique. Au Sénégal, les premiers jalons d’une relance de l’économie semblent posés avec le démarrage du Programme de résilience économique économique et sociales (Pres), exécuté dans le cadre du Force-Covid-19. Cette approche de l’Etat, basée sur une réponse à une situation ponctuelle, est partagée par quelques économistes. Papa Demba Thiam, économiste et ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, estime qu’il faut coupler les interventions urgentes – pour sauver les bases actuelles de l’économie nationale – avec des stratégies de réorientation et de reconstruction de ses systèmes et structures.
Plus loin, il appelle à une intégration des deux approches. Parce que, justifie-t-il, si cela ne se fait pas, d’autres failles plus structurelles apparaîtront du fait de nouvelles vulnérabilités que la crise de la Covid-19 fait remonter à la surface, voire amplifie. L’économiste propose une batterie de leviers sur lesquels l’Etat pourrait s’appuyer pour assurer une relance de l’activité économique. D’abord, il appelle à bâtir l’économie sénégalaise sur ses forces les plus évidentes. A tire d’exemple, il cite la taille et le dynamisme du secteur informel qu’il considère comme une « force » pour l’économie sénégalaise. Ce secteur représente environ 90 % de l’économie nationale. Il faudrait donc, préconise-t-il, trouver, développer et installer des systèmes et structures qui permettent de faire en sorte que le secteur informel devienne un des socles du développement industriel intégré du Sénégal. Il pense à des approches bien précises qui peuvent être rapidement opérationnelles dans toutes les grappes d’activités du secteur informel. Celles-ci, selon l’économiste, permettraient de créer des centaines de milliers d’emplois durables et bien payés, ce qui contribuerait à faire du Sénégal une économie de marché émergent.
Sur ce même registre, Cheikh Ibra Ngom, un autre économiste basé au Canada, estime que la demande intérieure est le levier le plus sûr pour réussir la reprise de l’activité économique à travers l’apurement de la dette intérieure. Il est nécessaire, à es yeux, de se focaliser sur les locomotives du secteur informel tout en jugulant le risque sanitaire inhérent à la relance des activités économiques.

La relance par l’instrument de politique monétaire

Outre le secteur informel, Papa Demba Thiam promeut l’utilisation de l’instrument monétaire communautaire qui, à son avis, doit être utilisé en stéréo avec la politique de crédit du gouvernement sénégalais. « C’est ce qui se passe partout dans le monde et la zone Uemoa ne devrait pas être une exception. Ceci est d’autant plus important à considérer que le gouvernement sénégalais va probablement renforcer sa politique budgétaire par ces temps où presque partout, les gouvernements reprennent les rênes pour sauver des économies naufragées des mesures de lutte contre la Covid-19 », fait remarquer l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale. Pour ce dernier, sans facilités d’endettement pour les investissements privés et la relance de la demande par la consommation, les seules politiques budgétaires seraient isolées avec des effets d’entraînement très limités. Au titre de la politique monétaire, Cheikh Ibra Ngom juge impératif d’amener les banques à revoir leur taux à la baisse pour faciliter l’accès aux crédits. L’économiste n’épargne pas la Banque centrale qu’il invite à baisser ses taux directeurs jusqu’à des seuils jamais égalés par le passé.
Le troisième levier préconisé par l’ancien économiste de la Banque mondiale porte sur l’accélération et le développement de l’économie numérique au Sénégal où le taux de couverture de la téléphonie mobile est très élevé. Ceci, en transformant les avantages comparatifs en avantages compétitifs. A en croire M. Thiam, les systèmes et structures du digital et du numérique peuvent non seulement générer des emplois directs, mais encore, la mise en place d’infrastructures dans ce para-secteur peut faire éclore beaucoup de nouvelles opportunités de développement dans les secteurs traditionnels (…).

La piste de la mobilisation de fonds internes

S’agissant des stratégies de mobilisation de financements nécessaires pour la relance de l’économie nationale, Papa Demba Thiam invite l’Etat à initier ses propres stratégies de développement, d’abord avec ses ressources propres qu’il utiliserait comme levier pour attirer d’autres ressources. Par essence, explique l’économiste, ces stratégies doivent créer des opportunités d’investissement pour les secteurs privé et public et les mettre à portée de réalisation. « Dans bien des cas, cet exercice demande des fonds publics d’amorçage. Mais il y a des approches qui permettent d’utiliser des fonds publics limités pour lever des investissements privés massifs. Ceci est d’autant pertinent que la crise financière globale à venir laissera peu d’opportunités d’emprunts publics bon marché pour relancer la machine économique », prévient-il. Cependant, M. Thiam appelle le président de la République à mobiliser tous les penseurs conceptuels et les stratèges économiques du pays pour lui sortir rapidement des programmes opérationnels, y compris leurs schémas de mise en œuvre.
A. DIAW, le soleil

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