Trump/Twitter : pourrait-on se calmer un instant et regarder la « big picture » ?

Olivier DOULIERY / AFP

Suite à la décision de Twitter de labelliser négativement un de ses tweets, Donald Trump a signé un décret pour prévenir la “censure en ligne” et réviser la régulation américaine des plateformes. Dans un débat incendiaire, Reporters sans frontières (RSF) appelle à recentrer la discussion sur les causes structurelles du chaos informationnel.

Le 26 mai, pour la première fois, Twitter a vérifié et ajouté des liens vers des articles de fact-checking en dessous de tweets postés par le président américain, Donald Trump, dans lesquels celui-ci affirmait que les bulletins de vote par correspondance pour les élections de 2020 seraient “substantiellement frauduleux”. Ulcéré, Donald Trump a signé 48 heures plus tard un décret visant à prévenir la “censure en ligne” notamment en réformant la Section 230 du Communications Decency Act de 1996, un texte protégeant juridiquement les services en ligne des contenus publiés par des tiers.

Les multinationales de la technologie n’ont pas la légitimité pour faire des choix éditoriaux, et entrer dans cette logique comporte des risques considérables. Des entités qui disposent de centaines de millions voire de milliards d’abonnés ne peuvent pas se comporter comme des médias d’information sans danger à long terme, déclare le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Au regard de leur pouvoir sur le traitement massif des informations, des opinions et des idées, les plateformes et les réseaux sociaux doivent faire l’objet d’un régime de responsabilité adéquat et la révision de la Section 230 n’est pas une absurdité, à condition d’être propice à la liberté d’opinion et au pluralisme. Nous appelons donc chacun au calme sur ces enjeux majeurs qui nécessitent d’agir avec sérénité et discernement. Les responsables politiques comme les dirigeants des plateformes doivent regarder la “big picture” et  traiter les causes structurelles de ce désordre informationnel sur la base de principes démocratiques.

En effet, les régimes de responsabilité existants (ou plutôt d’irresponsabilité) des plateformes et des réseaux sociaux ne sont plus adaptés et doivent être revus. Au niveau européen, cela passe par la réforme de la directive e-commerce au travers du Digital Services Act (DSA), et aux Etats-Unis par la Section 230. A l’avenir, les plateformes structurantes doivent être tenues de respecter des principes démocratiques, tels que ceux édictés dans la Déclaration sur l’information et la démocratie, publiée en novembre 2018 par une Commission internationale de 25 personnalités. Cette initiative a abouti au lancement d’un Partenariat international en marge de la dernière Assemblée générale des Nations-Unies, désormais signé par 36 gouvernements. Les 36 pays signataires, dont les Etats-Unis ne font pas partie, ont appelé les plateformes à faire preuve de transparence à respecter un certain nombre de principes parmi lesquels la nécessité de promouvoir la fiabilité de l’information.

Au côté de onze organisations de la société civile, RSF a créé le Forum sur l’information et la démocratie, une organisation ayant pour objet de réunir des experts pour produire des recommandations pour la régulation et l’autorégulation en partant des dilemmes qui sont posés par le changement de paradigme de l’espace public. RSF a également lancé la Journalism Trust Initiative, un standard visant à favoriser le respect des méthodes et de l’éthique journalistique à travers des indicateurs de fiabilité et de l’indépendance de l’information. Celui-ci pourrait être utilisé par les plateformes afin de promouvoir la fiabilité de l’information dans l’indexation algorithmique.

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