Dans une économie mondiale en berne, pourquoi la France est plus gravement touchée par la récession

Rue de la Huchette, à Paris. Les petits établissements à la trésorerie tendue, tenus par un couple et avec un ou deux salariés, sont les plus menacés.
XAVIER POPY/REA

L’économie mondiale a reculé de 19% et le commerce mondial de 25%, indique l’OFCE dans une étude publiée vendredi. La France serait un des pays les plus touchés, à cause de la rigueur de son confinement et de la structure de son économie. Et le pire reste à venir selon l’observatoire.

Les chiffres de l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE) donnent le tournis. Dans une première étude d’ampleur comparant l’impact économique de la pandémie du Covid-19 sur les économies européenne et américaine, publiée ce vendredi 5 juin, l’OFCE constate que l’économie mondiale a connu une récession de 19%, et une chute du commerce mondial de 25%. “C’est très difficile d’évaluer une crise qui commence en fin de trimestre”, a détaillé Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE, soulignant le caractère particulièrement fragile des données présentées. “Il faudra s’attendre à des révisions fortes” jusqu’en 2021, a-t-il insisté, lors d’une visioconférence présentant ces travaux.

Comme le montrent les données actuelles, la France est un des pays les plus touchés: au premier trimestre, elle enregistre même la récession la plus marquée des économies développées, ex-aequo avec l’Italie, à -5,3% du PIB. L’Espagne suit avec une récession de 5%. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni paraissent moins affectés que les pays européens. Et à l’autre bout du spectre, la Suède fait part d’une croissance… positive.

Taux de croissance du PIB au premier trimestre 2020 / Sources : Comptabilité nationale, OFCE

La sévérité du confinement, cause de la récession

Ces évolutions découlent directement de la nature plus ou moins sévère des mesures de confinement mises en place par les Etats. L’OFCE a retenu deux critères pour jauger de la rigueur des confinements nationaux: la fermeture des écoles -qui empêche l’activité professionnelle des parents pour garder les enfants– et la fermeture plus ou moins étendue des entreprises. Il en résulte que les conditions de confinement les plus strictes (fermeture des commerces non essentiels, interdiction des rassemblements, incitation ou obligation de rester chez soi…) ont été mises en place en France, Italie, et Espagne. Suivies par l’Allemagne et le Royaume-Uni… Et à l’inverse, elles ont été inexistantes en Suède.

Le cas français est critique, note l’observatoire, en partie à cause de la correspondance entre la structure de son économie, fortement basée sur la consommation, et des secteurs particulièrement touchés par la crise. Première destination de loisirs au monde, elle dépend du premier secteur à souffrir de la crise: le tourisme. La branche hébergement-restauration a perdu 47% de sa valeur ajoutée en avril, la plus grande baisse au niveau sectoriel “et en France, cette baisse est bien supérieure à la moyenne mondiale”, indique Eric Heyer.

De même, les secteurs liés à mobilité ont perdu 35%. Le “commerce”, impacté par la fermeture des commerces non essentiels, a perdu 43% de sa valeur ajoutée. Ainsi, les exportations françaises ont baissé de 28% – presque autant que l’Italie et l’Espagne (-29% et -30%). L’Allemagne, qui dépend fortement de ses exportations de produits à haute valeur ajoutée, a vu ses exportations baisser de 33%.

Les emplois relativement protégés pour l’instant

Seule bonne nouvelle à se détacher de ce sombre tableau: “les destructions d’emplois sont relativement limitées compte tenu de l’ampleur du choc d’activité et de la demande de travail” grâce aux dispositifs d’activité partielle déployés en Europe, analyse Xavier Timbeau, co-directeur de l’étude. En France, 9,4 millions de personnes ont été impactées par la baisse de demande de travail, dont 8,3 millions de salariés. Mais “ces emplois ont été massivement gardés, même s’il n’ont pas été utilisés”, explique l’économiste. Ainsi, pour l’instant, “seuls” 200.000 emplois salariés ont été détruits, soit 3%. Au point qu’avec l’Italie, la France est le pays à avoir enregistré le moins de destructions sèches pendant le confinement. Aux Etats-Unis, où les dispositifs de chômage partiel n’existent pas malgré un plan d’urgence considérable à hauteur de 11% du PIB, les destructions avoisinent les 22,4 millions d’emplois.

L’impact du confinement sur l’emploi pendant la crise du Covid-19 / Sources : calculs OFCE, OIT, sources nationales

Trois facteurs joueront sur l’évolution de l’emploi, analyse l’économiste Xavier Timbeau: “les pertes cumulées des entreprises, les changements structurels de l’économie mondiale, et la transformation de l’épargne forcée constituée pendant la crise (près de 100 milliards d’euros d’ici la fin de l’année, selon les prévisions du gouvernement) en épargne de précaution”. En cas d’absence de relance de la consommation, ou bien de dépenses déplacées à l’extérieur du pays, le rebond français serait difficile. Pour Xavier Timbeau, “le pire reste à venir.”

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