Coronavirus : Confusion totale au Brésil sur les chiffres

Bilan tronqué, critiqué, incomplet, le Brésil sombre la discorde des chiffres.

Bilans tronqués et de plus en plus tardifs, chiffres divergents : les données sur les morts et les cas de contamination du coronavirus sont depuis plusieurs jours diffusées dans la confusion la plus totale par le gouvernement  brésilien, suscitant une avalanche de critiques.

Dénonçant un « coup d’Etat statistique », le quotidien Folha de Sao Paulo accuse ce lundi dans un éditorial virulent le président d’extrême droite Jair Bolsonaro de vouloir « étouffer » les données de la Covid-19, « comme s’il pouvait les censurer ».

Petite grippe et gros chiffres

En guerre ouverte avec les médias, le chef de l’Etat a justifié sans ambiguïté son intention de diffuser les données après les principaux journaux télévisés : « il n’y aura plus de sujet (sur les chiffres officiels) au Jornal Nacional », a-t-il déclaré vendredi soir, citant le JT de grande audience de TV Globo.

Le président Bolsonaro n’a cessé de minimiser la pandémie, la qualifiant de « petite grippe » et appelant à la reprise des activités économiques alors que les courbes demeurent en pleine ascension, avec plus de 36.000 décès.

Des bilans de plus en plus incomplets

Depuis le début de la semaine dernière, le bilan officiel du ministère de la Santé, qui était rendu public ponctuellement à 17 h au début de la crise sanitaire, n’est envoyé à la presse qu’autour de 22 h. Et à partir de vendredi, le bulletin ne montrait plus le nombre total de cas confirmés et de décès, présentant seulement les chiffres des dernières 24 heures.

Pire encore, Carlos Wizard, chef d’entreprise pressenti pour occuper un poste à haute responsabilité au sein du ministère, avait annoncé vendredi soir au journal O Globo que le bilan officiel allait être révisé à la baisse en raison de chiffres « fantaisistes et manipulés ».

Les autorités régionales de santé outrés

Une déclaration qui a outré les autorités régionales de santé chargées de compiler les données, qui ont fustigé « une tentative autoritaire, inhumaine et contraire à l’éthique de rendre invisibles les morts du coronavirus ».

Carlos Wizard a nié samedi toute intention de réviser les chiffres déjà annoncés et a fini par renoncer dimanche à occuper son poste au ministère, après des appels sur Internet au boycott de ses entreprises. « La manipulation de statistiques est une manoeuvre digne de régimes totalitaires », a lancé samedi sur Twitter le juge de la Cour suprême Gilmar Mendes.

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