Après trois mois d’arrêt, l’« Ocean-Viking » reprend les sauvetages de migrants en Méditerranée

Photo:L’« Ocean-Viking » dans le port de Marseille, le 18 juin 2020. SHAHZAD ABDUL / AFP

Le bateau-ambulance, navire humanitaire de SOS Méditerranée, a quitté Marseille, son port d’attache, vers 8 h 30 pour se diriger vers la Méditerranée centrale.

L’Ocean-Viking, navire humanitaire de SOS Méditerranée, est reparti en mer lundi 22 juin après trois mois d’arrêt en raison de la crise sanitaire, pour reprendre ses sauvetages entre l’Europe et la Libye, que les migrants continuent de fuir au péril de leur vie. Le bateau-ambulance, successeur de l’emblématique Aquarius, a quitté Marseille, son port d’attache, vers 8 h 30 pour se diriger vers la Méditerranée centrale, route migratoire maritime la plus meurtrière du monde, où il s’attend à trouver de nombreux naufragés dont même le Covid-19 n’a pas freiné l’exode.

« Il y a une augmentation drastique des départs » et « notre rôle, c’est de sauver des vies en Méditerranée centrale, où il y a un vide entre la Libye et les pays européens » qui n’y assument pas leur mission de secours, résume, à bord, Nicholas Romaniuk, qui coordonne les opérations de secours en mer.

Les dernières données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) confortent ce constat : entre début janvier et fin mai, les tentatives de traversée au départ de la Libye ont augmenté de 150 %, comparé à la même période l’an dernier, soit 8 311 personnes qui ont pris la mer sur des embarcations de fortune, contre 3 712.

Le retour de l’Ocean-Viking s’accompagne d’un défi supplémentaire : éviter que le virus ne se propage sur le bateau. Pour cela, SOS Méditerranée a mis en place un strict protocole, de l’équipement quasi chirurgical pour les marins-sauveteurs à un sas de décontamination à bord, en passant par des places d’isolement dans des conteneurs en cas de besoin. Sans compter que l’ONG a dû constituer au pied levé une équipe médicale, après que son partenaire Médecins sans frontières (MSF) a claqué la porte en avril.

« On voit le redémarrage d’une solidarité européenne »

Une éclaircie se profile toutefois sur la route du navire rouge et blanc battant pavillon norvégien, qui doit arriver au large des eaux libyennes jeudi : si le Covid-19 avait figé les sauvetages et, plus largement, les débarquements de migrants en Europe, la réouverture progressive des frontières européennes s’accompagne de leur reprise.

Le Sea-Watch 3, de l’ONG allemande Sea-Watch, et la Mare-Jonio, de l’italienne Mediterranea Saving Humans, sont les deux premiers bateaux à être retournés dans cette zone, respectivement les 8 et 10 juin. Dimanche, Sea-Watch a annoncé le transbordement de 211 naufragés sur un ferry dans un port sicilien, où ils observeront une quarantaine. Le même jour, la Mare-Jonio a annoncé avoir débarqué, également en Sicile, 67 personnes secourues la veille.

« Ces deux événements sont des indicateurs extrêmement encourageants. (…) C’est une bonne nouvelle, on voit le redémarrage d’une solidarité européenne », confie Frédéric Penard, autre responsable de SOS Méditerranée. Mais il tempère immédiatement : « On revient donc à la situation antérieure au Covid-19, où les débarquements se décident au cas par cas. Ce n’est pas suffisant, car il n’y a pas de mécanisme automatique ».

Depuis la signature du préaccord de La Valette, qui avait permis d’ébaucher en septembre dernier les termes d’un tel mécanisme, qui rendrait automatique l’accueil des migrants par plusieurs pays européens, l’Italie et Malte, en première ligne, ont les yeux rivés sur le pacte migratoire qui doit être dévoilé dans les prochains jours à Bruxelles.

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