La chancelière allemande lors de l’entretien avec le réseau de médias Europa, le 22 juin, à Berlin. THOMAS KOEHLER / PHOTOTHEK .DE

Dans un entretien au « Monde », la chancelière allemande appelle les Etats membres de l’UE à s’unir pour aider les pays les plus touchés par la pandémie et peser davantage dans le monde.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a accordé un entretien au Monde, avec d’autres journaux du réseau Europa. Elle défend le plan de relance en cours de négociation entre les Vingt-Sept et revient sur les intentions de son gouvernement, alors que son pays prend, le 1er juillet et pour six mois, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne.

La présidence allemande de l’UE a lieu dans un moment de crise sans précédent. Les attentes sont énormes. Il faudrait que l’Allemagne règle tout. Etes-vous nerveuse ?

Ma première présidence du Conseil en tant que chancelière était en 2007. Le traité constitutionnel européen avait échoué en France et aux Pays-Bas [en 2005], et nous avions entrepris d’élaborer un nouveau traité. Nous y sommes parvenus [avec le traité de Lisbonne, signé en 2007 et entré en vigueur deux ans plus tard]. Ensuite, il y a eu la crise financière internationale, les turbulences de l’euro et la question des réfugiés : il y a donc toujours eu des moments de tension. Et à maintes reprises, on a pu constater que l’Europe n’était pas encore suffisamment résistante aux crises. Lors de la crise de l’euro, nous n’avions pas les outils nécessaires pour réagir de manière adéquate. Lors des mouvements de réfugiés, en 2015, les lacunes du système européen d’asile se sont révélées.

Aujourd’hui, la pandémie de Covid-19 nous place devant un défi inédit. Elle s’est abattue sur tout le monde sans que quiconque en soit responsable. Elle nous a violemment sortis d’un développement économique positif dans tous les Etats membres de l’UE. De plus, elle vient s’ajouter aux deux grands phénomènes perturbateurs de notre époque, le changement climatique et la transformation numérique, qui bouleversent déjà nos vies et notre économie. Je suis très attentive à toutes ces questions.

Avec tant de crises simultanées, la survie de l’UE est-elle en jeu ?

Nous devrions éviter de poser trop souvent la question de l’existence de l’UE, et plutôt faire notre travail. Il est dans l’intérêt vital de tous les Etats membres de maintenir un marché unique européen fort et de présenter un front uni sur la scène internationale. Je mise sur le fait que, dans une situation aussi exceptionnelle, les Etats membres ont un intérêt marqué à se concentrer sur les points communs.

La crise ne touche pas seulement l’Europe. Le monde entier lutte contre la pandémie et contre des démons politiques…

Exactement, et il est vrai que le ton est rude au niveau international en ce moment. Après la crise financière de 2008, l’heure du multilatéralisme a sonné. A cette époque, le G20 des chefs d’Etat et de gouvernement a été lancé, et les Etats se sont montrés très unis dans leur réponse. Ce n’est pas le cas actuellement. Aujourd’hui, nous devons tout faire pour ne pas tomber dans le protectionnisme. Si l’Europe veut être entendue, elle doit donner le bon exemple. C’est ce sur quoi je mise, et pourtant je ne me fais aucune illusion sur la difficulté des négociations à venir.