HABIB NDAO (OQSF) : « Si les opérateurs financiers veulent survivre, ils doivent oser prendre plus de risques »

Le tissu des entreprises au Sénégal est composé, à près de 90%, de petites et moyennes entreprises (PME). Avec une contribution moyenne au PIB estimée à 30%, ces entreprises emploient environ 60% de la population active, soit 42% du total des emplois du secteur moderne. Les PME sont constituées en majorité d’entreprises artisanales ou commerciales de tailles et de formes juridiques variables.

L’emprunt, notamment auprès des établissements de crédit constitue au Sénégal la principale source de financement externe des entreprises, notamment des PME. Or, malgré la diversification de l’offre de financement due à la présence de vingt et neuf (29) établissements de crédit et d’une multitude d’institutions de microfinance (dont au moins 10 grands réseaux), les TPE/PME font toujours face à de nombreuses difficultés pour le financement de leurs activités.

Cette situation, largement reconnue par les acteurs, perdure nonobstant la mise en place par l’Etat, depuis plusieurs années, de lignes de garantie et de crédit. En l’absence d’un financement adéquat, les investissements privés et les fonds de roulement pour l’exploitation sont étouffés. Or, la performance des entreprises constitue le moteur de l’économie  pour une croissance économique inclusive.

Dans le même sillage que le plaidoyer du Président Macky Sall sur l’annulation de la dette, j’attire l’attention des dirigeants des établissements de crédits que si les conditions d’octroi de crédits aux PME ne sont pas amplement assouplies pour la relance de l’économie post-Covid, la faillite des entreprises va inévitablement conduire à la défaillance des banques. La situation appelle à plus d’audace, de rapidité et de flexibilité de la part des décideurs des institutions financières. Les  comités de crédit doivent  être allégés tant dans leur composition que dans la diligence à apporter au traitement des dossiers de crédit.

Si les opérateurs financiers veulent survivre, elles doivent oser prendre plus de risques surtout dans des secteurs comme le tourisme qui a su rebondir malgré les attentats de la bande à Bader, la prise d’otages à la Mecque, les attentats du 11 septembre, les attentats de Paris, la crise du SRAS, la crise des subprimes.

La mutualisation de l’offre de services financiers et non financiers destinée aux PME, une étape fondamentale pour résoudre la lancinante question de l’accès au financement, cette volonté politique du Chef de l’Etat doit être rapidement mise en œuvre.

En vue de faire jouer efficacement au secteur de l’entreprise son rôle moteur, des avancées significatives sont encore nécessaires dans la prise en charge de la lancinante question de l’accès au crédit pour les PME, en dépit des nombreux efforts initiés par l’Etat à travers les interventions ciblées des structures d’appui et d’encadrement de la PME.

C’est tout le sens qu’il faut donner à la directive présidentielle issue du Conseil des Ministres du mercredi 15 juillet 2020. Le Chef de l’Etat a réitéré son appel à une évaluation et à une mutualisation des services financiers et non financiers d’appui aux petites et moyennes entreprises (PME).

A ce titre, la création d’une structure étatique à guichets multiples (garantie, participation, bonification et refinancement, appui et encadrement etc.) doit être mise en place.

Aussi, l’opérationnalisation de la caisse des marchés pourrait contribuer fortement à promouvoir l’accès des PME à la commande publique.

Enfin, en raison de son importance dans le tissu économique, la facilitation des conditions d’accès au crédit du secteur informel, à travers la mise en place de lignes de crédit et des fonds de garantie dédiés à appuyer les auto-entrepreneurs qui présentent des potentialités de croissance, constitue un autre enjeu majeur. C’est ce qui a poussé l’OQSF à ériger le module «  Esprit entrepreneurial. » en priorité dans le déroulement du programme d’éducation financière.

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