Retardée par le Covid-19, la zone de libre-échange continentale africaine entre en vigueur

Entrée officiellement en vigueur vendredi, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec) doit réunir 54 pays au sein d’un nouveau marché unique. Un processus ambitieux dont le chemin reste, à ce jour, semé d’embûches.

Les chefs d'État et de gouvernements des 54 pays africains ayant signé à Kigali un accord pour créer une zone de libre-échange continentale (Zlec), le 21 mars 2018.
Les chefs d’État et de gouvernements des 54 pays africains ayant signé à Kigali un accord pour créer une zone de libre-échange continentale (Zlec), le 21 mars 2018. © AFP (archives)

Entrée officiellement en vigueur vendredi, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec) doit réunir 54 pays au sein d’un nouveau marché unique. Un processus ambitieux dont le chemin reste, à ce jour, semé d’embûches.

Figurer parmi les plus grands marchés communs du monde. Telle est l’ambition de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec), entrée en vigueur vendredi 1er janvier et qui vise à rassembler 1,3 milliard de personnes au sein d’un bloc pesant 3 400 milliards de dollars. Ses partisans considèrent la Zlec comme une opportunité de dynamiser les échanges entre pays voisins et de créer une chaîne de valeur propre au continent. Selon la Banque mondiale, cette zone économique commune pourrait sortir des dizaines de milliers de personnes de la pauvreté d’ici 2035.

Malgré tout, le marché commun est confronté à un certain nombre d’obstacles tels que des procédures administratives lourdes, des infrastructures peu développées ou bien encore les politiques protectionnistes de certains de ses membres, qui pourraient freiner son développement.

Retard dû au Covid-19

Signé en 2018, puis lancé le 7 juillet 2019 lors d’un sommet de l’Union africaine, l’accord aurait dû entrer en vigueur un an plus tard, le 1er juillet 2020, mais a été décalé à cause de la pandémie de Covid-19 qui rendait les rencontres de négociations impossibles. Paradoxalement, la crise sanitaire a donné un nouvel élan au projet, selon Silver Ojakol, chef de cabinet au secrétariat de la Zlec : « La pandémie a fortement perturbé nos importations et nos économies ont payé un lourd tribut durant la crise. Cette réalité a suscité une prise de conscience encore plus forte, parmi les dirigeants, de la nécessité d’accélérer l’intégration intra-africaine ».

Tous les pays africains, à l’exception de l’Érythrée, ont signé l’accord de libre-échange. Sur ces 54 pays, 34 l’ont déjà ratifié. Pour autant certains observateurs, comme W. Gyude Moore, ancien ministre du Liberia devenu chercheur au think tank Centre pour le développement global (CGD), considèrent que le travail ne fait que commencer. « Je serais surpris que tout soit mis en place lors des prochaines deux années », a-t-il expliqué à Reuters. « Pour ce qui est du succès à long terme de ce pacte, je pense qu’il faut regarder combien de temps il a fallu à l’Europe pour mettre en place le libre-échange. C’est un processus de plusieurs décennies. »

« Il faut bien commencer quelque part »

Le projet se heurte à de nombreux problèmes endémiques : mauvaises connections routières et ferroviaires, instabilité politique, procédures administratives lourdes aux frontières, problèmes de corruption… Par ailleurs, l’annexe de l’accord sur les origines des produits doit encore être finalisé. Cette étape est essentielle pour déterminer quels produits peuvent être taxés.

Sur les 54 membres, 41 ont déjà soumis des échéances pour la réduction des taxes douanières. Les participants sont tenus de retirer 90 % de leurs lignes tarifaires sur une période de cinq ans, pour les économies les plus avancées, ou bien 10 ans pour les nations en développement. La suppression de 7 % des taxes restantes sera soumise à un calendrier plus long, alors que les derniers 3 % pourront être maintenus.

« Ces échéances doivent être finalisées et communiquées aux entreprises rapidement », estime Ziad Hamoui de Borderless Alliance, une organisation qui fait campagne pour faciliter les échanges transfrontaliers. Néanmoins, l’application concrète de l’accord pourrait se heurter à la résistance de groupes défendant des intérêts nationaux. Certains pays comme le Nigeria, avaient un temps exprimé des craintes que l’accord favorise les États les plus compétitifs au détriment des économies les plus développées. Malgré tout, les partisans du projet estiment que son application, même partielle, devrait permettre aux pays membres de doubler le commerce intra-africain à l’horizon 2025.

« L’intégration économique n’est pas un événement. C’est un processus », souligne Silver Ojakol au secrétariat de la Zlec . »Il faut bien commencer quelque part. »

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